Ode aux enseignants !

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Durant un an, j’ai eu la joie de découvrir le métier d’enseignant, celui-là même qui me faisait rêver depuis ma plus tendre enfance. Tout démarre au courant du mois de septembre 2018. La rentrée a eu lieu depuis 10 jours et l’Education Nationale peine à trouver les enseignants manquants, notamment en langues étrangères ou dans les matières professionnelles. Chaque année, la problématique est malheureusement la même.

 

1.       Le recrutement des enseignants contractuels

Ayant eu connaissance d’un poste d’enseignant en économie-gestion disponible dans un lycée proche de mon domicile, je décide de tenter ma chance pour tester ce métier qui me fascine tant. J’envoie ma candidature à l’inspectrice en charge de ma discipline. Son retour ne se fait pas attendre et je la rencontre à peine deux jours après l’envoi de mon email. L’entretien se déroule bien ; l’inspectrice donne un avis favorable à mon intégration au sein de l’Education Nationale. Il est maintenant de mon ressort de prendre contact avec la proviseure de l’établissement afin d’échanger quant à mon intégration. Moins d’une semaine après l’envoi de ma candidature, je suis officiellement enseignante contractuelle et je découvre mes premiers élèves.

Le recrutement est rapide car la demande est urgente ! Subissant le déficit de candidats mais aussi la pression des parents, les inspecteurs et les proviseurs agissent au mieux pour trouver des enseignants de qualité. 

 

2.       L’intégration des enseignants contractuels

Je suis particulièrement chanceuse pour plusieurs raisons.

D’une part, la proviseure de mon lycée soigne l’intégration des nouveaux enseignants en les plaçant sous la responsabilité d’un enseignant-référent, expert dans la discipline et dans le métier d’une manière plus générale. Je sais que cette mesure n’est pas suivie par tous les proviseurs et cela est regrettable car c’est essentiel pour assurer une prise de poste efficace quand on ne connait pas le monde (complexe et parfois obscure) de l’Education Nationale.  

D’autre part, l’équipe pédagogique joue aussi un rôle capital. Plus cette dernière a à cœur de mettre à l’aise les nouveaux arrivants plus l’esprit d’appartenance se renforce et le groupe se fédère naturellement. Pour ma part, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes formidables et profondément humaines, toutes disciplines confondues. Mon intégration n’en a été que facilitée.

Enfin, les enseignants contractuels (en CDD pour les non initiés) bénéficient d’une formation spécifique pour apprendre à concevoir des séquences de qualité et à gérer une classe. La proviseure de mon lycée joue le jeu et accepte de me libérer de mes heures de cours pour que je puisse me former correctement à ce nouveau métier. Certains de mes collègues issus d’autres lycées n’ont pas eu cette opportunité !

L’intégration des enseignants contractuels varie selon les moyens mis en place par le proviseur et l’humanité de l’équipe pédagogique. Par ailleurs, à mon sens, l'enseignant-référent a une reconnaissance inexistante et une valorisation minime alors qu'il est l'artisan principal de la bonne intégration d'un néo-enseignant. D'autant plus que la qualité de la formation des élèves en dépend !

 

3.       La préparation des cours

C’est l’angoisse de tous néo-enseignants ! A peine recruté, l'enseignant est parachuté devant une classe d’environ 25 adolescents qui rapidement n'hésitent pas à le tester pour connaitre ses limites ! Sans attendre, il est nécessaire de créer les premiers cours. Heureusement les ressources ne manquent pas sur Internet ou dans les manuels. Mon conseil aux néo-enseignants après une année d’expérience est le suivant : garder à l’esprit que l’enseignement est avant tout un partage de compétences et de connaissances. Le cours parfait n’existe pas ! Il est important de transmettre aux élèves des notions et un savoir-être qui leur seront utiles en entreprise. Chaque nouvel enseignant arrive avec son bagage professionnel et ses valeurs personnelles. Il faut s’en servir ! Par exemple, j’ai utilisé des situations vécues au sein des entreprises dans lesquelles j’ai évolué pour proposer à mes élèves des cas concrets et des exercices qui ont du sens. Malgré les difficultés techniques rencontrées, tous ont adhérés et ont véritablement progressés. J’ai même réussi à faire de l’économie-droit une matière plus « sexy » en prenant soin de leur démontrer que les chapitres proposés permettent en réalité de construire une étude de marché, nécessaire lorsqu’on décide de devenir entrepreneur.

 

4.       La recherche de stage

Les dates de stage sont données aux élèves dès la rentrée scolaire. Ces derniers ont donc la liberté de trouver des lieux de stage rapidement et pourtant bon nombre d’entre eux attendent la dernière minute, souvent par peur de l’inconnu ou disons le sans détour, par flemme (et les élèves ne s'en cachent pas). Il s'agit du tout premier contact qu’ont les élèves avec le monde du travail. Il faut donc particulièrement soigner le choix des stages. Le rôle des enseignants est d’expliciter la méthodologie de recherche de stage, d’aider les élèves à rédiger un CV et une lettre de motivation et de leur apprendre comment opérer une relance téléphonique. Le rôle des parents est d’accompagner leurs enfants dans la démarche concrète de recherche de lieux de stage. Pour ce faire, il ne faut pas hésiter à solliciter son réseau personnel et professionnel ainsi qu'à créer un profil LinkedIn pour faciliter la mise en relation de l'élève avec les personnes-clés au sein des entreprises.

 

5.       La gestion des élèves

Au sein des lycées professionnels, la gestion des élèves est particulièrement éprouvante et, pour cette raison, l’équipe pédagogique doit rester soudée. Certains parents se plaignent volontiers, y compris aux plus hautes instances, de cette solidarité du corps enseignant en pensant que l'élève est pris à parti. Mon conseil aux parents est d'apprendre à dompter son ego qui floute la vision que l'on peut avoir de son propre enfant. En effet, par exemple, si plusieurs enseignants s'accordent à dire que l'élève est irrespectueux, c'est surement le cas ! Par ailleurs, beaucoup d’élèves ont des difficultés scolaires avérés depuis leur plus jeune âge, certains ont des problèmes familiaux récurrents ou sont des enfants-rois (je dédirai prochainement un article à cette thématique) et d’autres encore doivent composer avec une maladie, le plus souvent d’ordre psychologique, voire psychiatrique. De fait, il est difficile pour les élèves de faire partie d’une grande classe car ils ont besoin d’empathie et de reconnaissance. Certains sont bavards, contestataires voire agressifs dans le simple but que l’on s’occupe enfin d’eux. L'enseignant doit donc veiller à prendre soin de chaque élève dans son individualité mais aussi du groupe classe afin d'avancer sereinement vers l'objectif fixé.

 

6.       L’image des enseignants

L’image des enseignants s’est fortement dégradée au fil des années. Qui n’a jamais prononcé au moins l’une de ces phrases : « Ils sont toujours en vacances ! », « ils bossent seulement 18h par semaine ! », « ils font ce job mais ils ne supportent pas les enfants ! » … ?

Pourtant, chaque enseignant que j’ai rencontré et avec qui j’ai pu échanger est profondément investi pour la réussite scolaire et sociale de ses élèves. Beaucoup ne comptent pas leurs heures entre la préparation des cours, la mise en place de projets ou de sorties scolaires, les accompagnements personnalisés pour les élèves en difficultés, les accompagnements à la recherche de stages puis les suivis de ces derniers, les rendez-vous physiques ou téléphoniques avec les parents mais aussi les réunions diverses et variées. Malgré cet investissement au quotidien, les enseignants restent décriés par certains parents qui surprotègent leur enfant. Une fois encore, qui n’a jamais critiqué un cours prodigué, une note ou une remarque attribuée, une sortie scolaire proposée ? La brèche est ouverte et l'élève s’y glisse sans mal ! Dans ce cas de figure très précis, n’oublions pas que les enfants-rois d’aujourd’hui sont les pervers-narcissiques de demain ! Prendre un peu de hauteur permet parfois de remettre les situations ou les personnes (même son enfant) en perspective !

 

7.       L’Education Nationale ne séduit plus

Malgré une année riche en enseignements et en rencontres, je choisi après un an de quitter l’Education Nationale.

D'une part, j’ai adoré partager mon expérience professionnelle et mes connaissances avec mes élèves. Malheureusement, malgré les liens relationnels tissés au fil des semaines, ces derniers n’ont pas toujours été réceptifs aux enseignements prodigués car ils sont perturbés par des problèmes extra-scolaires. Cela entrave considérablement leur concentration et leur apprentissage d’un métier.

D'une part, bien que terriblement attachants, ils manquent véritablement de maturité. Avec les plus jeunes (élèves de 3ème et de 2nde), j’ai eu le sentiment d’être avant tout un éducateur qui tente de transmettre l’importance du savoir-être pour interagir en société. A mon sens, il est vital que parents et enseignants prennent conscience qu’en travaillant conjointement la montée en compétences des élèves n’en saura que meilleure et leur permettra de trouver plus rapidement la place qui est la leur au sein de notre Société.

Enfin, pour être titulariser, il faut passer un concours où le taux de réussite reste maigre malgré les besoins en recrutement. Une fois, le concours obtenu, le néo-enseignant est souvent nommé en dehors de son académie d'origine, souvent à Créteil ou Versailles. Inutile de préciser que cela ne peut pas convenir à ceux qui ont une vie de famille déjà bien établie.

 

 

En guise de conclusion, je tiens à remercier chaleureusement les personnes suivantes:

  • Sylvie PRACHT, ma tutrice ultra-disponible et bienveillante,
  • Christian SOMMER, mon adorable collègue avec qui j'ai eu le plaisir de co-animer les cours des 3P,
  • Anne WOHNHASS, mon ange gardien lumineux,
  • Dominique WHITE, ma proviseure dynamique et profondément humaine,
  • Patricia Jenny LEVY, mon inspectrice ancrée à la réalité du terrain,
  • Tous mes chers collègues du Lycée Camille Schneider à Molsheim. Votre professionnalisme, vos précieux conseils, votre gentillesse et votre bonne humeur ont largement contribué à rendre cette expérience encore plus belle pour moi.

Vous resterez dans mon cœur !